22 novembre

(5 références)

 

Ste Cécile (IIIe siècle)

icône : 15 x 10 cm, (2000)

Nous ne savons que peu de chose sur cette grande figure de l'hagiographie féminine. L'histoire nous assure qu'elle appartenait à une grande famille romaine : les " Cecilii ", qu'elle était chrétienne, qu'elle aidait les premiers papes de ses deniers et que, lorsque son époux se convertit, ils donnèrent à l'Eglise un terrain devenu cimetière : les catacombes de Saint Calixte où elle eût le privilège d'être enterrée au milieu des papes. Au 9ème siècle, ses reliques furent transférées dans une église romaine proche du Tibre : Sainte Cécile au Transtévère. Hors de là, ce ne sont qu'embellissements d'une poétique admiration. La Cécile légendaire, promue vierge et martyre, a suppléé la Cécile historique, dame romaine opulente et donatrice secourable qui " chantait dans son cœur la gloire de Dieu. ". Le recit de sa passion en fit la patronne des musiciens.

 

St Michael de Tver (1272-1318)

icône russe

Le saint Prince Michael de Tver naquit en 1272, après la mort de son père le grand Prince Yaroslav Yaroslavich, un frère du saint Prince Alexandre Nevsky. Xénia, la mère de Michael, éleva son fils dans un fervent amour de Dieu. Michael fut éduqué et étudia sous la guidance de l'archévêque de Novgorod. En 1285 il bâtit une église de pierre en l'honneur de la Transfiguration du Sauveur. A la mort du grand Prince André Alexandrovich (+1305), Michael partit pour la Horde et reçut le droit du trône de la grande principauté. Mais le Prince de Moscou voulait la principauté pour lui. Il vint souvent à la Horde d'Or, sachant comment plaire au Khan, et il épousa sa soeur Konchaka et devint grand Prince. Il entama alors une guerre fratricide. Mais les hommes de Tver, avec le saint prince à leur tête, battirent Yurii. Ils firent nombre de captifs, y compris Kavgadi, que St Michael libéra, et l'épouse du prince de Moscou, Konchaka, qui mourrut brusquement à Tver.
Le prince Yurii l'accusa d'avoir empoisonné Konchaka. Le Khan devint enragé, menaça de détruire la principauté, et demanda qu'il se présente pour lui rendre des comptes. Ne voulant pas gaspiller du sang Russe dans une lutte inégale avec le Khan, St Michael partit humblement pour la Horde, sachant que cela signifiait sa mort. A la Horde, un procès injuste fut tenu, le saint fut jugé coupable de désobéissance et condamné à mort. Ils le battirent à mort, le frappant avec leurs pieds, puis l'un d'eux frappa saint Michael avec un couteau.

  Théodore Monod (1902-2000)

 

"Nous devons apprendre à respecter la vie sous toutes ses formes : il ne faut détruire sans raison aucune de ces herbes, aucune de ces fleurs, aucun de ces animaux qui sont tous, eux aussi, des créatures de Dieu."

Théodore est le troisième fils de Wilfred Monod, pasteur et théologien protestant dont l'influence spirituelle a beaucoup joué sur son fils. Il entre au Muséum d'histoire naturelle dès 1922 puis y soutient sa thèse en 1926. Il découvre le continent africain grâce à deux missions de recherche, puis parcourt le Sahara occidental pendant plus d'un an : le zoologiste devient géologue, botaniste, archéologue, préhistorien... Se contentant de peu pour survivre, doté d’une endurance exceptionnelle, il parcourt de nombreuses fois le désert dans les années 1950-1960. Sa particularité est de faire de nombreuses expéditions non pas en chameau, mais à pied. En 1954, il parcourt en Mauritanie et au Mali, 900 km sans point d’eau. Toute cette époque est aussi marquée par l’amitié qui le lie à Louis Massignon, grand orientaliste et humaniste, disciple de Gandhi pour la non-violence, qui nouera un dialogue riche et fructueux avec Monod. Dans les années 1960, toujours fidèle à ses engagements, il manifeste contre la guerre d’Algérie. Ensuite, tout en se consacrant toujours à ses travaux et ses voyages, chaque année, devant la base militaire de Taverny, entre le 6 et le 9 août, il jeûne, en protestation contre l’arme nucléaire… Il a consacré la fin de sa vie à mettre en accord sa foi chrétienne et son combat humaniste pour la dignité humaine. Comme l’écrit R. Cans : « On le voyait marcher au premier rang des manifestants qui protestaient contre la bombe atomique, l'apartheid, l'exclusion. Il militait contre tout ce qui, selon lui, menace ou dégrade l'homme : la guerre, la corrida, la chasse, l'alcool, le tabac, la violence faite aux humbles. Son credo : le respect de la vie sous toutes ses formes. »

  Maurice Béjart (1927-2007)

 

Maurice-Jean Berger est le fils du philosophe Gaston Berger. Sa mère décède lorsqu'il a 7 ans. Il commence à danser à l'âge de 14 ans et entre à l'Opéra de Paris en 1945. Il fait parallèlement ses études secondaires et universitaires et obtient une licence de philosophie. Il s'oriente ensuite vers la chorégraphie avec 'Symphonie pour un homme seul' qu'il monte en 1955. Son premier succès date de 1959 : c'est 'Le Sacre du printemps'. Il s'installe alors à Bruxelles où il crée le Ballet du XXe siècle avec qui il enchaîne des spectacles lyriques, de la danse pure mais aussi des interprétations d'oeuvres narratives. C'est lors des Festivals d'Avignon de 1967 et 1968 qu'il se fait connaître et apprécier du public. À cette époque, et durant la décennie suivante, Maurice Béjart s'investit en outre dans le répertoire chorégraphique persan, et monte des ballets à Téhéran. Influencé par son expérience iranienne, il se rapproche de l'islam chiite suite à sa rencontre avec Ostad Elahi et se convertit à cette religion en 1973 (Bien qu'il déclarera en 2006 : « Se convertir est un verbe qui ne me convient pas »). Maurice Béjart reconnaît que cette expérience a joué un rôle déterminant dans sa carrière, tant d'un point de vue artistique que spirituel.

En 1987, il quitte Bruxelles pour Lausanne avec le Béjart Ballet Lausanne qui ne regroupe qu'une trentaine de danseurs. Le chorégraphe ne suit pas une ligne unique. Il récuse même l'idée de 'style'. Les moyens artistiques mis en oeuvre sont toujours fonction du projet en création. Son oeuvre éclectique, foisonnante, imprégnée de musique contemporaine et d'un goût pour le cosmopolitisme culturel, a fait de Béjart une figure du renouveau de la danse et une des personnalités françaises les plus connues dans le monde.

  Noëlla Rouget (1919-2020)

 

Noëlla naît le jour de Noël 1919, et est élevée dans une fervente foi catholique. La guerre interrompt tous ses projets d’avenir. Dès 1941, devenue institutrice, elle entre dans la résistance. Elle se fiance avec Adrien Tigeot, également instituteur et résistant. Alors que les bans du mariage viennent d’être publiés, l'un et l'autre sont arrêtés à quelques jours d'intervalle. L’un des hommes de la Gestapo chargé de la besogne est un Français, Jacques Vasseur, un collabo zélé. Adrien est toruré et exécuté. Noëlla, elle, est emprisonnée puis déportée au camp de Ravensbrück début 1944. Elle survit pendant quatorze mois à l’enfer concentrationnaire et se lie notamment avec Geneviève de Gaulle. Mais sa foi en Dieu et en les hommes est sortie intacte de l’épreuve. En revenant à Angers, elle découvre un mot magnifique, écrit par Adrien juste avant de mourir, lui redisant son amour et la suppliant de refaire sa vie. Soignée dans un sanatorium suisse, Noëlla se marie avec un homme du pays en 1947. Elle s’installe à Genève. Elle a deux enfants et croit avoir refait sa vie quand le passé resurgit au début des années soixante. Jacques Vasseur, qui s’est évanoui à la Libération, est arrêté par hasard en novembre 1962. Le procès s’ouvre le 20 octobre 1965. Les survivants accablent Vasseur, dont le déni et la veulerie sont insupportables. Il est condamné à la guillotine. Mais, au nom de sa foi et de son dégoût de la peine de mort, Noëlla Rouget plaide de toutes ses forces auprès du tribunal la cause de celui qui a pourtant été l’artisan de son malheur et le responsable de l’exécution de son fiancé. En vain. Elle supplie alors le général de Gaulle d’accorder la grâce de Vasseur et l’obtient en février 1966. Cette surhumaine mansuétude lui vaut de durs reproches de ses camarades auxquels elle répond dans une lettre : « De quel droit juger un homme si, placés aujourd’hui à notre tour en position de force, nous nous comportons comme il le fit hier ?» Noëlla Rouget va plus loin encore. Pendant des années, espérant sa conversion, elle se lance dans un échange épistolaire avec Jacques Vasseur. Correspondance asymétrique où l’une cherche l’étincelle de l’âme et l’autre ne fait que se plaindre de son sort. A la fin des années 1970, la résistante se joint pourtant à une campagne pour l’élargissement des derniers collabos emprisonnés, afin de refermer cette page de l’histoire. Libéré en 1983, Jacques Vasseur ne donnera plus jamais signe de vie à Noëlla. Il mourra en Allemagne en 2009, sans jamais avoir exprimé le moindre remord. Jusqu’à ses derniers jours, Noëlla Rouget, portée par son inébranlable foi, ne retirera de cet échec ni amertume ni doute sur la nature humaine.

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