N.-D. du Rosaire

1994-2004

 

Réjouis-toi Marie, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi !

Tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus, ton enfant, est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu, prie pour nous, pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort.

Amen.

 

I. Introduction

L'idée de créer une icône à partir de la prière du rosaire m'est venue assez naturellement, à moi iconographe occidentale, bien que ce ne soit pas une prière qui me soit très familière, je l'avoue, du moins dans sa forme classique... Son évocation des moments essentiels de la vie du Christ à travers la récitation de la prière mariale, m'a toutefois interpellée. Moi qui désire être un pont par mon travail entre les deux grandes Traditions ecclésiales millénaires, je ne pouvais pas passer à côté de cette rencontre possible.

Rappelons rapidement pour commencer que le rosaire est une prière traditionnelle, populaire, élaborée entre le XIIème et le XVème siècle à partir des deux invocations évangéliques à Marie, de l'ange Gabriel lors de l'Annonciation (Lc 1, 28) et de celle de Ste Elisabeth lors de la Visitation (Lc 1,42). Au départ, elle est " utilisée " comme la prière de Jésus en Orient : c'est une prière répétitive qui aide à rester en présence de Dieu. Les frères convers, qui ne savaient pas lire et ne connaissaient pas le latin, la récitaient cent cinquante fois à la place des cent cinquante psaumes réservés aux moines de chœur, plus savants. Pour les compter, on utilisait une cordelette à nœuds ou à grains, le chapelet. Cette prière était alors appelée " le psautier de Marie ". Elle prend le nom de " rosaire " deux siècles plus tard, d'après ces guirlandes de roses dont on aimait couronner les statues de la Vierge. Mais c'est au XVème siècle qu'elle va prendre la forme structurée qu'on lui connaît aujourd'hui, et va être largement diffusée dans la chrétienté occidentale par les dominicains. C'est à ce moment aussi qu'est rajoutée la dernière partie de la prière. Au siècle suivant, en reconnaissance à Marie pour la victoire sur les Turcs à Lépante, une fête fut instituée dans toute l'Eglise le premier dimanche d'octobre, en l'honneur de N.D. du Rosaire, qui sera fixée plus tard au 7 octobre.

La prière du Rosaire dans sa forme élaborée, va faire méditer sur l'essentiel du message chrétien, en cherchant à visualiser les étapes de la vie du Christ, avec Marie, répartis en trois, maintenant quatre, groupes de cinq " mystères ". Ces " mystères " ne sont autres que des évènements majeurs de la vie du Christ, regroupés de façon thématique. Cette méditation s'ouvre par une confession de foi (" credo "), et chaque mystère est médité sur la récitation d'une dizaine de " Je vous salue Marie ", introduite par un " Notre Père " et conclue par une doxologie (" Gloire au Père, Au Fils et au Saint-Esprit… "). Quoi de plus naturel alors que de vouloir mettre en image, en couleur, cette méditation si " visuelle "? D'autant qu'elle s'adapte très bien comme nous allons le voir, aux compositions iconographiques.

Pourtant c'est une association étrange a priori puisqu'elle allie deux mondes qui le plus souvent s'ignorent : celui de l'Orient, en majeure partie orthodoxe, à travers l'icône son art sacré traditionnel, et l'Occident catholique, à travers sa prière millénaire du Rosaire. Certains vont peut-être même s'offusquer de ce " mélange ", d'un côté comme de l'autre, à cause justement du renvoi identitaire très fort de chacune : l'icône est " fondamentalement " orthodoxe comme le rosaire est " fondamentalement " catholique. Mais cette alliance est malgré tout loin d'être " contre nature " : l'icône et le Rosaire ont un point commun essentiel qui les rapproche. En effet, l'icône, quelque soit son sujet, comme le rosaire, témoigne d'une même Alliance, essentielle et au cœur de toute Eglise, quelque soit son charisme particulier : celle de Dieu et de l'Homme dans et par le Christ Jésus. L'une comme l'autre évoquent en effet ce même mystère du Salut accompli par l'Incarnation : Dieu s'est fait homme par l'intermédiaire de la Vierge Marie, devenue ainsi Mère de Dieu, et s'est donné à voir, à contempler à nos yeux de chair. L'icône rend témoignage de ce mystère en donnant à voir l'invisible, et la prière du Rosaire nous conduit pas à pas avec Marie à travers l'histoire de cet amour fou de Dieu.

La peinture de cette icône a débuté en 1994 et le panneau principal n'a été achevé qu'en 2001. Comme il ne s'agissait pas d'une commande, je n'y ai pas travaillé régulièrement, j'ai pris mon temps… Lorsque le pape Jean-Paul II a rajouté cinq nouveaux mystères à l'occasion de sa proclamation de l'année du Rosaire, d'octobre 2002 à octobre 2003, j'ai bien sûr été ennuyée ! Voilà que mon icône enfin terminée après sept ans de travail, devenait incomplète…J'ai donc peint les mystères lumineux séparément pour les associer à l'icône, entre 2003 et 2004, et j'ai eu la bonne surprise de constater que non seulement leur réunion au panneau principal se faisait assez naturellement, mais enrichissait encore la présentation de l'ensemble, que ce soit visuellement ou théologiquement. L'icône de la Vierge du Rosaire souligne en effet par sa composition, la richesse théologique de la prière. En peignant, j'ai personnellement découvert beaucoup et c'est ce que je souhaite partager maintenant par ces quelques lignes. Il n'est en principe pas nécessaire pour un peintre d'ajouter une explication écrite à une œuvre picturale qui est un mode d'expression et de communion en lui-même, mais dans ce cas, compte tenu de la méconnaissance du monde de l'icône en occident et plus généralement du peu de familiarité à la lecture de l'image, il m'a semblé utile de mettre par écrit ce que j'ai eu la grâce de découvrir tout en peignant. Mais il s'agit bien seulement d'introduire à la lecture de cette icône : ces quelques lignes ne sont pas une méditation personnelle sur le thème du rosaire à partir de l'icône : c'est l'icône elle-même que je vous invite ainsi à contempler, pour entrer dans son mystère.

 

Généralités
Cette façon de présenter une figure centrale entourée de petites scènes sur le cadre se retrouve fréquemment dans l'iconographie, en particulier dans l'iconographie russe. C'est généralement la Mère de Dieu ou un saint entourés de scènes de sa vie, ou le Christ entouré des Grandes Fêtes. Ici, la Mère de Dieu est entourée des Mystères du Rosaire, représentés dans des vignettes de 15cm de côté. Au-dessus de la Vierge est placée la Trinité entre deux séraphins. La bordure décorative qui entoure les saynètes évoque une succession de grains de chapelet marqués d'une croix. A cette pièce principale, qui mesure 100 x 85 cm, ont donc été ajoutées en 2004 cinq petites icônes supplémentaires, représentant les nouveaux mystères lumineux. Les quatre séries de mystères sont disposés de manière suivante : à gauche, les mystères joyeux sur fond bleu, à droite, les mystères douloureux sur fond rouge, et dans la partie inférieure, horizontalement, les mystères glorieux sur fond jaune. Enfin les mystères lumineux, sont placés au-dessus de la grande icône et ont un fond argent, le même que celui sur lequel se détache la Mère de Dieu.

Les saynètes représentant les mystères sont la plupart du temps inspirées d'icônes existantes. Mais ce n'est pas toujours le cas. Par contre, elles sont systématiquement simplifiées : il y a très peu d'éléments architecturaux ou de paysage. De même, le nombre des personnages présents est souvent réduit par rapport à l'iconographie traditionnelle, quand cela est possible, mais sans nuire à l'essentiel. C'est donc un travail de relecture et de composition originale qui m'a permis de relever certaines correspondances, et une logique catéchétique très instructive.

Dans un premier temps, il m'a semblé bon de donner quelques indications sur chacun des éléments principaux de l'icône, la Mère de Dieu tout d'abord, la Trinité ensuite, et enfin les vignettes des mystères, avant de reprendre plus précisément la composition et ce qu'elle transmet " par surcroît ".

 

Marie

Le centre de l'icône présente la Mère de Dieu, centre aussi de la prière du rosaire. Elle est vêtue d'un manteau pourpre, couleur impériale à Byzance : elle est souveraine en Orient comme en Occident, où on la représente souvent couronnée. On peut voir trois étoiles sur ce manteau, une sur la tête et une sur chaque épaule (une de ces étoiles est cachée par l'Enfant-Jésus). Elles symbolisent sa " triple virginité ", avant, pendant et après la naissance de Jésus, ou encore sa relation privilégiée avec la Trinité. Dans la tradition iconographique russe, qui est suivie sur cette icône, le manteau de Marie n'est pas rehaussé de lumières : cette absence remarquable signifie que la Mère de Dieu absorbe toute la lumière en elle pour donner naissance à la Lumière véritable. Enfin ses cheveux sont enserrés dans un voile bleu. Ce costume est celui des femmes mariées. Jésus est vêtu d'une tunique et d'un manteau, à la manière des adultes. Ceux-ci sont striés d'or, évocation de la lumière divine dont il est porteur. Il tient le rouleau de la parole - adulte, il tiendra plus souvent le livre - et bénit de toute son autorité. Son auréole est marquée d'une croix, dans laquelle sont inscrites les trois lettres grecques composant le verbe être au participe présent : " o ôN " " l'Etant ", " Celui qui est ". C'est un rappel du nom révélé par Dieu à Moïse au Buisson Ardent, où Il avait dit de Lui-même " Je suis qui Je suis ". C'est donc une affirmation de la divinité du Christ. Le plus souvent les noms attribués au Christ et à la Mère de Dieu restent en grec sur les icônes, même si les autres inscriptions sont dans la langue du pays où elles sont peintes, langue qui est celle de la liturgie.

L'iconographie choisie pour représenter la Vierge du Rosaire n'est pas une image de la tendresse, avec le rapprochement aimant de la Mère et de l'Enfant, mais c'est " Celle qui montre le Chemin " (l'Hodiguitria en grec). Le Chemin, c'est le Christ, l'Enfant qui " trône " sur son bras (cf Jn 14,6) et que Marie désigne de sa main droite. Sur les icônes, la Vierge est presque toujours représentée avec l'Enfant Jésus : elle est en effet l'image même de l'Incarnation. La vocation et la gloire spécifiques de Marie sont d'avoir enfanté le Fils de Dieu, Marie ne se conçoit donc pas sans Jésus, ce que rappellent les inscriptions qui la désignent toujours : " Mère de Dieu ".

On retrouve également cette dénomination à la fin de la prière occidentale, nom qui a été attribué à la Vierge lors du concile d'Ephèse (431), et le nom de Jésus est présent presque exactement en son milieu. Jésus est donc bien aussi au centre de l'invocation à Marie…

Ainsi Marie, sujet principal de l'icône, comme de la prière, se décentre : elle désigne en nous regardant, celui qui est le véritable " sujet ", centre réel du mystère révélé à nos yeux : L'Enfant-Jésus qui est l'Enfant-Dieu, Dieu entré dans le temps à travers le oui de Marie. La prière du Rosaire est donc malgré les apparences, fondamentalement christologique.

 

La Trinité

Au-dessus de la Vierge et de l'Enfant, on peut voir la Trinité encadrée de deux séraphins, ces anges aux six ailes, évoqués dans la vision d'Isaïe (Is 6, 2). C'est de la Trinité en effet que toute l'histoire du Salut prend son origine. Tout part d'Elle. Toute la composition de l'icône en témoigne, comme nous allons le constater au long de cette étude. Et de même la prière du chapelet commence par la récitation du credo, profession de foi en la Trinité Sainte.

L'image peinte ici est ce que l'on appelle la représentation " vétérotestamentaire " de la Trinité. Elle évoque la visite des trois mystérieux voyageurs à Abraham au chêne de Mambré (cf Gn 18), qui ont été très vite compris par les Pères de L'Eglise comme une image de la Trinité, un seul Dieu en trois personnes (" hypostases "). Dans le texte en effet, Abraham s'adresse à eux alternativement à la deuxième personne du singulier et du pluriel.

De l'épisode initial, que l'on appelle aussi " l'Hospitalité d'Abraham ", les peintres iconographes n'ont souvent gardé que trois anges assis autour d'une table, pour mettre en valeur l'interprétation trinitaire de la scène. Le choix de représenter ces visiteurs sous la forme d'anges se réfère au sens du nom grec de ces êtres spirituels, " angelos " " messagers", qu'ils sont effectivement dans le texte biblique, puisqu'ils viennent annoncer à Abraham et à Sarah la naissance prochaine d'Isaac.

Le modèle de cette Trinité est plus particulièrement celle attribuée à Roublev. Ce choix s'imposait, bien qu'il soit simplifié de par l'absence des éléments de fond : cette icône de la Trinité porte en effet en elle déjà comme un résumé de toute l'histoire du salut, qui se développe sur l'icône entière.

Il est un peu difficile de reprendre ici l'étude détaillée de cette célèbre icône, mais en voici les points principaux. (pour plus voir le commentaire associé à cette icône sur le site). Il semble que Roublev, qui l'a peinte au début du XVème siècle, ait été le premier à singulariser vraiment chaque ange (vêtement, position etc) de sorte que l'on puisse les " identifier " avec les Personnes de la Trinité.

L'interprétation la plus traditionnelle, et donc la plus probable, est la suivante : l'ordre de l' " attribution " des anges est celui des symboles de foi, de gauche à droite, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
L'ange de gauche évoque donc le Père. Il est en effet à la place d'honneur, à droite de la table, et c'est lui qui initie le mouvement par sa bénédiction d'envoi. Son manteau couleur d'aurore, semble bien évoquer l'origine de tout. L'ange du centre, qui porte les couleurs traditionnelles du Christ, rouge et bleu, regarde vers le Père mais son buste est légèrement tourné vers l'ange de droite. Sa main qui bénit la coupe, en réponse à la bénédiction du Père, semble dans le même mouvement désigner l'Esprit, dont la couleur symbolique du manteau, le vert, est celle de la Vie. C'est d'ailleurs, remarquons-le, le seul des trois anges qui ne bénisse pas : sans doute parce qu'il est lui-même en quelque sorte bénédiction. Nous en resterons là pour le moment. Nous reviendrons sur le sens de cette composition à la fin de notre étude.

La présence des séraphins de chaque côté de la Trinité, fait écho à la doxologie qui clôt chaque dizaine du chapelet : " gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit maintenant et toujours, et pour les siècles des siècles, amen ". Ce sont eux en effet, avec les chérubins, qui ont pour rôle de glorifier sans cesse le Seigneur, selon le témoignage des Ecritures (cf Is 6,1-3).

 

II. Les Mystères

Nous allons maintenant commenter brièvement chaque vignette correspondant aux différents mystères. Ces commentaires seront accompagnés du passage de l'Ecriture auquel l'image se réfère (traduction de la TOB), ainsi que d'un extrait de liturgie byzantine. Pour accéder à ces méditations de chaque mystère, cliquez sur les liens correspondants.

 

Les Mystères Joyeux

Les mystères joyeux, qui inaugurent l'histoire du salut, sont placés à gauche de l'icône, verticalement, et se détachent sur un fond bleu. Cette couleur rappelle la présence de Dieu venu au cœur de notre monde (le bleu étant traditionnellement l'attribut de la divinité dans l'iconographie). Ils mettent en scène des épisodes de l'enfance de Jésus, depuis sa conception, jusqu'à la première " prise en main " de son destin, à ses douze ans. Ils insistent donc sur le mystère de l'Incarnation, le Verbe qui se fait chair.

- L'Annonciation

- La Visitation

- La Nativité

- La Présentation au Temple

- Le Recouvrement de Jésus au Temple

 

Les Mystères Douloureux

Les mystères douloureux sont placés à droite de l'icône, et se lisent de haut en bas. Ils se détachent sur un fond rouge, couleur de la Passion, qui rappelle le sang versé mais aussi le feu de l'amour fou de Dieu pour nous. Si le Christ enfant dans les précédentes images était vêtu de " lumière ", pour insister sur l'identité divine de l'enfant, ici le Seigneur est nu ou porte une tunique rouge foncé, rappel de son humanité souffrante. On se rappelle en effet que sur les icônes, le Christ est souvent vêtu d'une tunique rouge et d'un manteau bleu, ce qui traditionnellement évoque ses deux natures, humaine et divine.
Les cinq scènes font partie du cycle de la Passion, depuis l'acceptation par le Christ de sa mort, à la crucifixion.

- L'Agonie à Gethsémani

- La Flagellation

-Le Couronnement d'épines

- Le Chemin de Croix

- La Crucifixion

 

Les Mystères Glorieux

Les mystères glorieux sont placés horizontalement dans la partie inférieure de l'icône et se lisent logiquement de gauche à droite. Ils se présentent sur un fond jaune, qui évoque la lumière sans déclin. Ils évoquent la Résurrection du Christ qui a ouvert le Royaume aux hommes, dont la Mère de Dieu est la première à bénéficier.

- La Résurrection

- L'Ascension

- La Pentecôte

- La Dormition-Assomption de Marie

- Le Couronnement de la Vierge

 

Les Mystères Lumineux

Les mystères lumineux, créés tous récemment par le pape Jean-Paul II en 2002, lors de l'année qu'il avait consacrée au Rosaire, se placent au-dessus de la pièce principale. Ils n'étaient bien sûr pas prévus à l'origine de cette icône, mais s'intègrent plutôt bien, comme nous le verrons.
Ce sont des mystères qui concernent la vie publique de Jésus, depuis son baptême jusqu'à son entrée dans sa Passion, signifiées par l'Institution de l'Eucharistie. Ils sont appelés " Lumineux ", parce qu'ils témoignent de cette Lumière venue dans le quotidien de notre monde, Parole-Lumière qui éclaire le chemin pour qui sait l'écouter, et ouvre le Royaume :

" Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme…à tous ceux qui l'ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu. " (Jn 1, 9 & 12)

Ils se déclinent sur un fond argent, le même que celui sur lequel se détache l'élément central de l'icône, la Mère de Dieu : ces mystères sont en effet comme un développement de l'icône de Marie, qui désigne l'Enfant-Lumière : " faites tout ce qu'il vous dira " (Jn 2, 5).

- Le Baptême

- Les Noces de Cana

- L'Annonce du Royaume

- La Transfiguration

- L'Institution de l'Eucharistie

 

III. Composition

 

Généralités

Lorsque j'ai commencé à travailler à la composition de cette icône, j'ai essayé de trouver une solution simple pour disposer les scènes des différents mystères autour de la figure centrale. Je souhaitais créer une unité à l'icône, tout en permettant à celui qui regarde de repérer facilement les différents éléments qui la composent. C'est pourquoi j'ai choisi de grouper localement les trois types de mystères. Les mystères joyeux se sont donc retrouvés à gauche, les mystères douloureux à droite et les mystères glorieux en dessous de la Mère de Dieu, en suivant un ordre de lecture classique (de gauche à droite, et de haut en bas). Bien m'en a pris, car si j'avais choisi de placer simplement les saynètes les unes à la suite des autres dans le sens des aiguilles d'une montre, comme je l'ai vu faire ensuite, je n'aurai pas pu intégrer à l'ensemble les mystères lumineux, créés dernièrement.

Choisir des fonds différents (bleu, rouge et jaune) m'a permis aussi de les distinguer davantage, et grâce à l'utilisation d'un nombre relativement restreint de couleurs qui se retrouvent sur toute la surface de l'icône, ce choix n'a pas nui à l'unité visuelle. Seule la Trinité se détache sur un fond doré, or que l'on retrouve systématiquement pour les auréoles. Comme celles-ci manifestent toujours la sainteté des personnes, cela revient à relier visuellement ces derniers à la source de toute sainteté, la Ste Trinité.

Le choix du fond de la partie principale de l'icône a été plus difficile. Après plusieurs essais insatisfaisants, j'ai finalement opté pour des feuilles d'argent, recouvertes d'un vernis blond, qui en atténue la froideur. Cela permettait d'avoir un fond neutre mais lumineux, qui jouait de façon intéressante avec les couleurs franches du reste de l'icône.

Quand j'ai dû rajouter les mystères lumineux, c'est assez vite que j'ai choisi de reprendre l'argent pour leurs fonds. L'argent était en effet, parmi toute les " couleurs ", présentes sur la pièce principale, celle qui permettait le mieux de rendre cette idée de lumière, à part l'or bien sûr, mais que je souhaitais garder uniquement pour les auréoles. L'avantage de ce choix, en plus de cette bonne adéquation symbolique, fut de créer visuellement un lien entre ces pièces rajoutées et l'élément central.

 

Correspondances

Ce n'est que dans un deuxième temps que je me suis rendue compte que cette composition mettait en valeur certaines correspondances entre les scènes, et donc leur signification, et que ces correspondances étaient très parlantes. Ce n'était pas voulu, cela a été donné...Et ce que j'ai découvert est assez étonnant.

 

- Les troisièmes méditations

Tout d'abord, je me suis rendue compte de la place essentielle de chaque sujet qui se trouvait au centre de sa série (donc le troisième dans l'ordre de la méditation) : la Nativité pour les mystères joyeux, le Couronnement d'épines pour les mystères douloureux, la Pentecôte pour les mystères glorieux et enfin la Prédication évangélique pour les mystères lumineux. Ils résument en effet chacun l'essentiel du message transmis par l'ensemble des cinq méditations.

- La Nativité, résume le mystère de l'Incarnation, centre des mystères joyeux. C'est l'exemple le plus évident, qu'il n'est pas nécessaire, je pense, de commenter davantage.

- Le deuxième, le Couronnement d'épines, résume à son tour le mystère de l'abaissement, de l'humiliation totale du Fils de l'Homme, sujet des mystères douloureux. Le Christ en effet y est présenté, désigné et moqué en tant qu'homme et en tant que roi. C'est son humanité et sa royauté qui sont tournées en dérision. C'est lui dont Pilate dit peu après " Ecce Homo ", " Voici l'Homme ". Le choix des hommes de le rejeter, est révélé à cet instant. Le Christ est nié alors dans tout ce qu'il est, tout ce qu'il représente. Il n'a plus aucune valeur d'existence. Paradoxalement, sa royauté véritable est révélée, authentifiée à ce moment même. Le libellé accroché à sa croix y fait bien référence, puisque le crucifié est désigné comme " roi des juifs ", souvent changé en " roi de gloire " sur les icônes. Etonnant raccourci, où est manifesté la gloire de l'Homme à travers la plus grande déréliction. Il existe des icônes qui représentent le Christ en buste, comme ici couronné d'épines, vêtu de la chlamyde écarlate et les mains liées tenant un roseau comme sceptre. Il est alors nommé en grec " o nymphos ", " l'époux ", et dans la liturgie orientale, cette icône est présentée à la vénération des fidèles pendant la semaine sainte, jusqu'au Jeudi Saint. La Passion est bien la célébration de cette Alliance nouvelle, ces Noces de Dieu avec l'humanité, que rien ni personne ne pourra plus jamais séparer...

- La Pentecôte, centre des mystères glorieux, est l'aboutissement, le but ultime de l'Incarnation. Si le Christ est né, est mort et est ressuscité, c'est pour que l'Esprit soit répandu sur le monde, pour que l'homme soit transfiguré par celui-ci en ressemblance divine, ressemblance qu'il avait perdue, pour qu'il vive enfin pleinement de la vie de Dieu. Comme l'a magnifiquement résumé st Irénée, et à sa suite bon nombre de Pères de l'Eglise, " Dieu s'est fait homme, pour que l'homme soit fait Dieu. ". L'Esprit répandu est l'Esprit d'adoption qui fait des hommes, des fils du Père, des vivants de vie éternelle, à la suite du Fils bien-aimé (Rm 8,1-17). Et Marie en est la première bénéficiaire.

- Pour finir, je vais m'attarder un peu plus longuement sur l'Annonce du Royaume. Elle tient en effet une place particulière, au sein de sa série, les mystères lumineux, mais également dans l'ensemble de la composition, sur laquelle nous reviendrons ensuite. En effet, les deux scènes qui la précèdent et la suivent sont une théophanie et un repas, les deux manifestant le Royaume à leur manière. Le Baptême et la Transfiguration sont révélation du mystère Trinitaire dans l'abaissement des profondeurs du Jourdain, comme dans l'exaltation de la gloire sur le sommet du Thabor, et les noces de Cana comme l'Institution de l'Eucharistie sont célébration surabondante de la communion nuptiale à la Table du Royaume. Ces deux ensembles, composés donc d'une théophanie et d'un repas, inaugure pour l'un (Baptême et Cana) et achève pour l'autre (Transfiguration et Eucharistie), l'irruption du Royaume dans le monde.
Ces nouveaux mystères lumineux ne sont donc pas simplement une série d'épisodes qui auraient marqué la vie publique du Seigneur, ils sont une manifestation du Royaume, qui n'est autre que la participation, la communion à la vie divine. Et c'est la raison pour laquelle, je suppose, ils ont été appelés " lumineux ". La lumière est en effet une des principales manifestations de la présence divine, c'est du reste la raison d'être des auréoles ceignant la tête des saints sur les icônes : elles symbolisent le rayonnement des êtres emplis de l'Esprit.
Dans la liturgie orthodoxe, après la communion, l'assemblée chante : " Nous avons vu la lumière véritable, nous avons reçu l'Esprit céleste, nous avons trouvé la vraie foi en adorant la Trinité indivisible, car c'est elle qui nous a sauvé. ". Tout est accompli, tout est dit : la communion est participation au Royaume, à la Lumière, à la Vie Trinitaire.
Le mystère central, pour revenir à lui, est une invitation à adhérer à ce Royaume, épisode qui au départ s'appuyait sur la prédication du Seigneur au tout début de son ministère (Mc 1, 14-15 ; Mt 4, 17), et qui devient appel personnel du Christ enseignant à celui qui regarde l'icône, appel donc à adhérer aujourd'hui à cette Présence de Dieu dans nos vies, par la conversion. La participation au Royaume nécessite en effet toujours un retournement, c'est le sens même de la conversion, la " métanoïa " : être tourné vers ce Royaume qui vient, la seule chose qui nous soit demandée, pour pouvoir l'accueillir et y participer.

L'Annonce du Royaume, situé au centre des scènes évoquant sa manifestation, a donc une place particulière. Comme on l'a vu, dans les trois autres séries de mystères, la pièce centrale était comme le concentré des mystères de foi médités. Ici, apparemment, il y a un décalage : ce n'est pas exactement le Royaume qui est présenté mais son annonce par le Christ, c'est-à-dire qu'il y a là comme une médiation, par la parole (la Parole…), en direction des disciples potentiels. Et c'est bien pour cela que le choix du Christ enseignant s'était imposé à moi.

 

- Rapport des scènes centrales entre elles sur la pièce principale

Sur l'icône, on peut aussi mettre en résonance ces éléments principaux, que sont les pièces centrales des mystères. Ainsi, tout d'abord, on peut relier la Nativité au Couronnement d'épines. Cela va nous donner un axe horizontal. Ces deux évènements, évoquent l'abaissement du Fils de Dieu dans son humanité et sa Passion. Les deux scènes parlent de l'humanité du Christ, mais aussi de sa royauté, qui, comme nous l'avons vu, sont intimement liées. L'étoile, dans la vignette de la Nativité est celle du roi David dont le Christ est le descendant. Jésus tout au long des Evangiles est nommé Fils de l'Homme et Fils de David, les deux termes désignant le Messie attendu. Selon cet axe, Marie, au centre est bien évidement le résumé de cet abaissement, en tant qu'image privilégiée de l'Incarnation.

Si l'on met en évidence maintenant l'axe vertical, les deux images qui se correspondent sur la grande icône, au-dessus et en dessous de la Mère de Dieu, sont la Trinité et la Pentecôte. Là encore, quelle merveille ! La Trinité, source et origine de tout, par le mystère de l'Incarnation, évoqué par la Mère de Dieu, envoie l'Esprit Saint (les pieds de l'Enfant Jésus se retrouve juste dans l'axe, juste au-dessus du segment de ciel d'où jaillit l'Esprit)…Comment ne pas voir ici encore une fois la correspondance fameuse de St Irénée et des pères : " Dieu s'est fait homme, pour que l'homme devienne Dieu ". C'est l'Esprit donné aux hommes en effet, qui les fait participer à la vie divine. Le salut est résumé de façon fulgurante ainsi. Visuellement aussi, les apôtres assis en demi-cercle, renvoient au cadre arrondi dans lequel se trouve la Trinité. C'est ce même mystère révélé et partagé par les apôtres, l'Eglise, au nom de l'humanité entière.
Dans la liturgie orthodoxe, il est aussi intéressant de souligner que la fête de la Pentecôte est en premier lieu révélation trinitaire. C'est l'icône de la Trinité qui est présentée à la vénération des fidèles et non celle de la Pentecôte proprement dite, fêtée le lendemain. En effet, L'Esprit répandu achève la Révélation. Donné aux hommes il manifeste la Trinité, et les rend participants à cette dernière. Dans l'Eglise catholique, la fête de la Trinité est du reste célébrée le dimanche suivant la Pentecôte, ce qui met aussi en évidence leur lien étroit.

L'iconographie de la Trinité choisie, inspirée de celle créée par A. Roublev, est parfaitement en lien avec ce mystère. En effet, ce qui est montré sur cette extraordinaire icône est l'envoi de l'Esprit Saint.

Rappelons-nous : l'ange central identifié au Christ, dont le visage est tourné vers l'ange de gauche (" le Père "), bénit la coupe, il atteste ainsi qu'il est lui-même, de part l'envoi du Père, le sacrifice offert pour le salut du monde. Mais le mouvement de son bras et de sa main semble en même temps désigner l'ange de droite, identifié à l'Esprit : par son abaissement et sa mort sur la croix, il peut envoyer l'Esprit consolateur qui " achève toute sanctification " (cf Jn 16,7-15). L'icône d'A. Roublev montre ainsi la prière du Fils au Père pour envoyer l'Esprit, comme promis par Jésus à ses disciples dans son discours des adieux, avant sa Passion (cf Jn 16). Effusion qui s'effectue lors de la Pentecôte, représentée, comme on vient de le voir, en bas de l'icône, sous les pieds de l'Enfant-Jésus.

Ainsi, de même que l'axe horizontal évoque l'humanité du Christ, l'axe vertical souligne sa divinité : il est le Fils Bien-aimé envoyé par le Père, " dépositaire " de l'Esprit.
Ces deux grands axes, formant une croix dont Marie est le centre, évoquent donc le mystère de la double nature du Christ, divine et humaine.

 

- Intégration des Mystères lumineux

La place des mystères lumineux est particulière au sein de cet ensemble qu'est N. D. du Rosaire. J'ai dû placer ces nouvelles saynètes au-dessus de la pièce principale. Mais là encore, même si je ne pouvais pas faire autrement, elles s'intègrent avec une grande logique.

- Ainsi le baptême vient se placer au-dessus des mystères joyeux, des mystères de l'Incarnation. Or le Baptême, la " Théophanie " en Orient, est une des fêtes les plus anciennes de l'Eglise, qui synthétisait d'abord tous les mystères de la manifestation du Seigneur au monde. Cette fête est célébrée le 6 janvier, ancienne date du solstice d'hiver. Ce n'est qu'au IVème siècle qu'elle a été séparée de la Nativité, laquelle a alors bénéficié d'une fête particulière placée le 25 décembre, nouvelle date du solstice.
Les mystères de l'Incarnation sont donc placés entre la manifestation de l'humanité du Fils de Dieu, signifié par son corps nu plongé dans le Jourdain, et la Résurrection, où ce corps est glorifié, vivifié par delà la mort. Résumé de l'histoire de son humanité.

- L'Institution de l'Eucharistie vient de l'autre côté se placer au-dessus des mystères douloureux. Le Christ s'offre dans le pain et le vin, qui deviennent dès lors corps rompu et sang versé.
Il est " curieux " également que les mystères douloureux soient suivis visuellement par le couronnement de Marie. On a déjà signalé la correspondance entre humanité et royauté, particulièrement révélée par la Passion. Et Marie est célébrée ici comme l'humanité couronnée… L'offrande de son humanité par le Christ, au travers de son corps et son sang, lors de l'Eucharistie et de sa Passion, est signe par excellence de sa Royauté, sa Souveraineté. On retrouve comme en écho l'hymne aux Philippiens :

" Le Christ Jésus, qui est de condition divine n'a pas considéré comme une proie à saisir d'être l'égal de Dieu. Mais il s'est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme, il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur une croix. C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que le Seigneur, c'est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père. " (Ph 2,6-10)

- L'icône centrale des Mystères Lumineux, l'Annonce du Royaume et l'Appel à la conversion a, une fois de plus, une place singulière. D'abord de part sa disposition, puisque le carré initial est présenté en losange, mais par le fait qu'il domine l'ensemble. Ce choix, pratiquement imposé par le manque de place, se révèle extraordinairement parlant. En effet, l'Enseignement du Christ, l'Annonce du Royaume n'est autre que tout ce qui est montré, développé sur l'icône qu'il surmonte ! Et particulièrement la Révélation du Dieu Trinité, au-dessus de laquelle le Christ enseignant se trouve. Le fait que ces mystères lumineux soient peints avec le même fond que la grande icône, sur lequel se détache Marie au centre, la Trinité, mais également l'ensemble des autres séries de mystères, les placent déjà dans une situation singulière : le Royaume est manifesté à travers toute la vie du Christ, qui n'est autre que la révélation de la vie trinitaire ! Et la Bonne Nouvelle annoncée est que nous sommes invités à y participer ! Il suffit de l'accueillir, c'est cela la conversion…Ne plus tourner le dos à la Vie, mais comme le Fils, en Lui, par l'Esprit, être " vers le Père " (cf Jn 1,1).

" Notre Père qui es au Cieux,
que ton Nom soit sanctifié,
que ton Règne vienne… "

 

Ainsi, cet ajout " de dernière heure " des Mystères Lumineux se révèle être d'une grande pertinence : c'est comme s'ils constituaient la " pièce centrale " de l'ensemble des Mystères précédents, ils en sont la quintessence, et l'Annonce du Royaume, par l'enseignement du Christ, le sommet (au sens propre aussi !). En définitive, le Royaume ainsi manifesté et annoncé n'est autre que la vivifiante Communion Trinitaire à laquelle nous sommes intégrés dans le Christ, grâce à son Incarnation, sa Passion et sa Glorification. Il est donc tout naturel qu'Il domine tout. Parce que, en fin de compte, le Royaume n'est autre que le Christ lui-même.

 

 

IV.Conclusion

Toute cette réflexion que je voulais partager est, je le rappelle, une relecture, une découverte a posteriori. Plus exactement c'est ce que j'ai découvert petit à petit en peignant, parce que peindre une icône est long. On peint et on regarde ce qui advient. On a le temps…

La création et l'exécution de cette icône ont donc été une aventure de nombreux mois. Avec une idée de départ, j'ai cherché, j'ai dû m'adapter aux circonstances, et ce faisant, j'ai été conduite sur des chemins imprévus, avec émerveillement. La création des nouveaux mystères a été particulièrement révélatrice. Ce n'était d'abord qu'une " mauvaise surprise " qui pouvait mettre en péril l'aboutissement de mon travail, et qui en fin de compte en devient comme le couronnement, au sens propre comme au sens figuré ! Et peindre l'icône de N.D. du Rosaire m'a aussi fait prendre conscience de l'orthodoxie (justesse) de la prière du Rosaire dans son message, comme de la catholicité (universalité) de l'icône dans son langage. Et j'espère que beaucoup d'autres sauront le découvrir aussi.

Toute œuvre d'art véritable échappe au moins en partie à son créateur. Il ne sait jamais à l'avance où elle aboutira. Sinon c'est une œuvre morte, juste l'illustration d'un concept, une simple manipulation. Elle laisse toujours plus ou moins transparaître l'inexplicable, un mystère dépassant l'homme tout en le traversant, qui est celui de la Beauté.
Pour l'icône ce n'est encore que plus vrai, puisque l'iconographe cherche délibérément à s'effacer le plus possible devant Ce(-lui) qu'il peint : " il faut qu'il grandisse, et que je diminue ". Il doit laisser advenir, sans trop de vouloir, en obéissant aux règles strictes de l'art sacré, à son langage propre, parce que, comme Jean le Précurseur, il cherche à montrer plus grand que lui, pour qu'il y ait une rencontre possible. Rencontre entre le regardant et le regardé à travers l'icône.

Ainsi cette icône inspirée de la prière du Rosaire, se révèle être non seulement une formidable catéchèse, un condensé de la foi, mais comme toute icône et toute prière vraies, elle permet à l'homme de se tourner vers son Seigneur dans l'instant, et d'apprendre ainsi à être et demeurer en sa présence pour enfin vivre de Lui. Ici, avec Marie.

Il y aurait certainement encore beaucoup à dire, à découvrir, mais c'est maintenant à ceux qui regarderont l'icône d'aller plus loin, et de se laisser instruire, chacun pour sa part. Parce que l'icône, et c'est vrai de toute icône, parle à tous ceux qui la regardent avec attention et amour. Comme la Parole, elle est vivante et ne se conçoit qu'en face d'un " interlocuteur ", elle ouvre au dialogue, au cœur à coeur.
C'est toujours un émerveillement et une joie pour moi lorsqu'à l'occasion d'une exposition, une personne s'installe longuement devant elle (en prenant parfois une chaise !), pour la regarder, et se laisser regarder….

Pour conclure, je voudrais reprendre la fin du très beau texte de Fra Angelico, le " peintre angélique ", tel qu'on surnommait ce merveilleux peintre dominicain du début de la renaissance italienne :

" Ami…,
L'obscurité du monde n'est qu'une ombre ;
derrière elle et cependant à notre portée, se trouve la joie.
Il y a dans cette obscurité une splendeur et une joie ineffables,
si nous pouvions seulement les voir.
Et pour voir, vous n'avez qu'à regarder.
Je vous prie donc de regarder. "
(Bx fra Angelico)

 

J'ajouterai juste encore :

je vous prie aussi de vous laisser regarder.

Thonon-les-Bains, 25 janvier 2007
Clôture de la Semaine pour l'Unité des Chrétiens

 

(carte disponible)